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Investigation

Qui cotise, qui reçoit ?

Le système de retraite est censé être contributif : chacun reçoit une pension proportionnelle à ce qu'il a cotisé. En théorie. En pratique, les différences de régime, de durée de cotisation et de taux de remplacement produisent des écarts considérables.

Cotisation vs pension : la grande comparaison

Les barres pleines montrent le total cotisé sur une carrière. Les pointillés montrent le total perçu pendant la retraite. L'écart entre les deux, c'est ce que le système « redistribue » — dans un sens ou dans l'autre.

Estimations indicatives sur une carrière complète. Hypothèse : 20-24 ans de retraite. ⚠️ Données en cours de vérification.

📊 Comment lire ce graphique

SMIC : 144 k€ cotisés → 228 k€ perçus = ratio 1,6×. La solidarité du système joue en faveur des bas salaires.
Cadre supérieur : 356 k€ cotisés → 812 k€ perçus = ratio 2,3×. L'espérance de vie plus longue des cadres (3-5 ans de plus que les ouvriers) amplifie le bénéfice.
Député 1 mandat (5 ans) : 147 k€ cotisés → 598 k€ perçus = ratio 4,1×. C'est ici que le système est le plus déséquilibré : avec 5 ans de cotisation seulement, un député perçoit presque 600 000€ de pension sur sa retraite.

Pourquoi les cadres gagnent deux fois plus ?

Le ratio perçu/cotisé augmente avec le salaire pour une raison biologique autant qu'économique : les cadres vivent en moyenne 6 ans de plusque les ouvriers (espérance de vie à 35 ans : 49 ans pour un cadre, 43 ans pour un ouvrier — source INSEE 2023). Ils touchent donc leur pension plus longtemps.

Ce « double dividende » (pension plus élevée ET durée de retraite plus longue) fait que les 20% les plus aisés captent 39% des dépenses de retraitealors qu'ils ne représentent que 20% de la population des retraités.

1 Smicard
cotise 43 ans pour toucher
= 950 € net / mois de retraite
1 Député
cotise 5 ans pour toucher
= 2 490 € net / mois de retraite
Estimations basées sur les barèmes publics des régimes concernés

La double peine : espérance de vie et pénibilité

Un ouvrier du BTP commence à travailler à 19 ans, cotise 43 ans, part à 62 ans (avec décote s'il n'a pas tous ses trimestres), et vit en moyenne 17 ansà la retraite. Un professeur d'université commence à 27 ans, cotise 40 ans, part à 67 ans (sans décote), et vit en moyenne 22 ans à la retraite. Le système est conçu comme si toutes les carrières et toutes les espérances de vie étaient identiques. Elles ne le sont pas.

Ceux qui n'ont jamais cotisé

Environ 560 000 personnes touchent l'ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées, ex-minimum vieillesse) pour un coût annuel de 3,8 Md€.

L'ASPA est une allocation de solidarité — pas une retraite. Elle est versée sous conditions de ressources, et elle est récupérable sur succession(au-delà de 107 000€ d'actif net).

Le cas de l'immigration

Les immigrés ayant travaillé en France cotisent et perçoivent leur retraite dans les mêmes conditions que les Français. On estime à ~1,5 millionle nombre d'immigrés retraités, soit environ 9% des retraités.

Leur pension moyenne est plus faible (carrières plus courtes, salaires plus bas) : environ 1 100€ brut/mois contre 1 626€ en moyenne nationale.

Pour les immigrés arrivés après 60-65 ans sans avoir travaillé en France, l'accès à l'ASPA est soumis à des conditions de résidence régulière (10 ans minimum pour les non-Européens). Les personnes en situation irrégulière n'y ont pas droit.

⚠️ Zone grise statistique

La DREES ne publie pas de statistiques croisant nationalité et prestations retraite. Les chiffres ci-dessus sont des estimations issues de recoupements. Le nombre exact d'immigrés bénéficiant de l'ASPA sans avoir cotisé n'est pas documenté publiquement — ce qui nourrit toutes les spéculations. C'est un angle d'investigation prioritaire.

Le fonds de solidarité vieillesse (FSV)

Le FSV finance les dispositifs de solidarité du système de retraite : minimum vieillesse, majorations pour enfants, périodes assimilées (chômage, maladie, maternité). Son budget annuel est d'environ 22 Md€.

Ces dépenses de solidarité représentent environ 6% du totaldes dépenses de retraite. Le reste est strictement contributif : on reçoit proportionnellement à ce qu'on a cotisé — avec des taux de conversion qui varient fortement selon les régimes.

Pour aller plus loin